LE COEUR SOUS L’UNIFORME

En juin 2018, MOBIL’douche est « convoquée » au poste : rendez-vous au commissariat d’Antony, dans les Hauts-de-Seine. L’association n’a pas grillé de feu rouge ni commis d’infraction au code de la route, elle est appelée pour la bonne cause, sa raison d’être : permettre à une personne en garde à vue de prendre une douche. 

Une mobildouche devant un commissariat, c’est notre première fois. 

 

 

« Delphine, je te récupère à Porte de Gentilly, mais on va faire un détour avant de passer voir nos amis dans le 13ème ». 

Jean-Pierre me laisse ce message en quittant les locaux de l’association Depaul, porte Brancion dans le 15ème. Nous y garons gracieusement nos véhicules, faute de local à nous et lassés de nous les faire vandalisés quand nous les laissons dans la rue. 

La circulation en ce mercredi après-midi est fluide sur les maréchaux. Jean-Pierre n’arrive pourtant que 3/4 d’heure plus tard : un sans-abri installé près du parc Montsouris avait besoin d’une douche et d’un rasoir. 

Je taquine Jean-Pierre quand il se confond en excuses : « comment? J’ai dû attendre car quelqu’un avait besoin d’une douche? T’as raison, c’est impardonnable comme motif ».

Une fois installée à ses côtés, il m’indique que nous allons à Antony. Au commissariat. Instinctivement, je vérifie si j’ai bien mes papiers sur moi. 

Des signalements, on nous en fait régulièrement, mais c’est la première fois qu’un policier est au bout du fil ! En l’occurrence, une policière, la commissaire responsable du district d’Antony, Emmanuelle Oster, ancienne chef de la sûreté régionale des transports de la brigade des réseaux ferrés. C’est elle qui a contacté Ranzika pour que MOBIL’Douche intervienne.

On gare donc le véhicule devant le commissariat. Passé les portes de sécurité, on se présente à l’accueil. 

Quelques instants après, nous voyons un homme, placé en garde à vue, encadré de deux policiers, qui se dirige vers nous.

Il s’agit de Pascal, un sans-abri que Jean-Pierre connaît bien et qu’il croise habituellement à Bourg-la-Reine. 

Juste avant de le laisser monter dans la mobildouche, l’un des policiers inspecte les lieux pour vérifier qu’il n’y a pas d’autre sortie. 

Serviette, tee-shirt, sous-vêtements, savon et shampoing à la main, Pascal est prêt pour la douche. 

Spontanément, j’ai failli lui proposer un rasoir, mais vu le contexte, je me suis ravisée. 

Pendant qu’il prend sa douche, les deux policiers se montrent très curieux et admiratifs du concept de MOBIL’douche. Ils s’indignent même que nous soyons les seuls à fournir cette aide « alors qu’il y a tant de personnes qui en ont besoin ». Ils fustigent un système qui sait trouver le budget pour des détails mais oublie son « ingéniosité » quand il s’agit de priorités humaines. 

Ils se montrent plutôt prévenants avec Pascal, lui laissent quelques minutes de plus pour prendre un café avec nous. Ils nous demandent aussi de lui faire une trousse de toilette et un petit sac de vêtements, qu’ils lui mettront de côté. Sa garde à vue terminée, il pourra les prendre. 

L’habit ne fait pas le moine. On peut en dire autant de l’uniforme.